Sur le quai de ma gare, 6h30, il est tôt et pourtant déjà une petite foule silencieuse se presse
Le regard dans le vague, je regarde là où personne ne regarde, en moi.. introspection radicale de ma personne, car pas assez réveillée pour pouvoir aller au delà. J’irais bien au bord de la mer, là où le soleil réchauffe les corps, et les âmes. Même pas une plage déserte, non, juste un pays où il y ferait si bon vivre… Que n’ai je fait plus que j’aurais dû, pour me permettre de m’évader un peu plus, pour aller au delà du quai, pour ne plus voir ces gens qui pourtant ne m’ont rien fait, et qui sont potentiellement mes ennemis.. Non je ne vous aime pas, sans doute devrais je dire, je ne vous aime plus, car j’ai bien dû vous aimer, ou tout au moins vous tolérer, un jour.. Aujourd’hui, non je ne peux plus, je ne vous supporte plus, vous qui ne m’avez rien fait. Je suis persuadée que par extension, c’est moi que je ne supporte plus, moi et surtout ma vie. 6h30 et je suis plantée sur ce quai à attendre un train qui va venir, pour m’amener vers la grande ville, aux portes de nos banlieues, tristes, mornes, et maintenant dangereuses. Avant, c’était la banlieue qui était aux portes des grandes villes, maintenant c’est le contraire, en fait les grandes villes sont devenues tentaculaires, et prennent l’espace vitale des grandes banlieues, mais je dis n’importe quoi, il n’y a plus d’espace. Et je suis là, ce matin, à me rendre là où je ne veux plus aller, parmi les gens que je ne veux plus voir, et qui ne m’ont rien fait. Pourquoi est ce que je me répète continuellement ça, comme pour me pardonner de mes propos ? Comme pour me disculper de ce que je peux dire ? Et si je faisais demi tour ? Et si je rentrais chez moi ? Et si je criais ? Et si, et si, et si lorsqu’il arrivera, je faisais un pas en avant ? Je n’aurais plus le soucis de me demander ce que je fais là, je ne me poserais plus la question de savoir où est ce pays magnifique dont je rêve, il suffirait juste d’un pas en avant. Quai de gare, 6h30 le matin, ma tête encore remplie de rêves, je suis encore perdue auprès d’un être si différent de moi, mais qui parvient tout juste à me faire espérer que je suis toujours vivante, qui pense qu’il me comble, qui pense que je lui suffis, qui rêve peut être à une autre… Mon sac serré contre moi, devant sur mon ventre, comme pour le protéger, où plutôt me protéger, protéger mon ventre d’une agression matinale, celle du froid qui pénètre tout. Et si j’ouvrais les yeux sur ma vie ? Et si je regardais plus loin que l’horizon ? Et si vous me laissiez tranquille ? Que de si, que de suppositions, que d’espoirs déçus, quelle vie que je ne vis pas. Quai de gare au matin d’hiver, perdue dans mes pensées, le train entre en gare. Une porte coulissante s’ouvre, un flot de gens en sort. Le train se vide comme le ventre d’une maman qui accouche, comme moi quand je vomis ma haine, seule dans mon coin, le train se vide, mais le train se rempli de nouveau. Je suis bousculée, mais je ne bouge pas. Mes yeux veulent voir plus loin que l’horizon, mon regard veut se poser sur l’ailleurs, je ne bouge pas hormis le fait que je sois bousculée. Laissez moi ! ne me touchez plus ! Je suis silencieuse, mon désir d’être absente ne se fait même pas entendre, mes yeux rivés sur la porte qui se referme…. Un bruit d’enfer résonne dans ma tête, le train part, je n’ai pas bougée, mes yeux toujours grands ouverts. 6h35 sur mon quai, je vois l’autre quai. Il y a quelqu’un, planté comme moi. Ses yeux sont grands ouverts, me voit elle ? regarde t’elle ailleurs ? voit elle au delà de l’horizon ? Ma main s’avance vers elle, dans le vide, les rails nous séparant. Elle tend sa main vers moi, ces mêmes rails nous séparant toujours. Elle est moi, je suis elle, nous le sentons, l’une et l’autre. Une larme sur sa joue, je la vois, je la perçois… je sens rouler sur ma joue, cette même larme. Sœur jumelle de famille différente, ou… ou.. est ce moi ?
6h36, je tombe…..6h36 c’est l’heure de l’express, 6h37 qui doit on prévenir ?